Dionysos - cielensauce.com : La mécanique du coeur, nouvel album de Dionysos en novembre 2007

site non officiel consacré au groupe de rock français Dionysos

Menu haut de page

Menu Principal

Ciel en sauce : Dossier consacré à la chanson - Nouvelle et Peinture

Peinture de Mathias à propos de Ciel en sauce. Cliquez pour l'agrandir. Cette peinture a servit d'illustration pour les cd promos : Haïku folk et 45 tours remix

Nouvelle :

Si on voit des nuages dans le ciel, c'est Dieu qui se fait des pop-corn; il les fait cuire en plein soleil tous les dimanches après-midi. Je me souviens très bien de toi, tu vomissais des fleurs fanées tous les dimanches après-midi.

Des deux mains je t'apprendrai à faire de la bicyclette par la fenêtre, on fracassera les volets bleus, on siphonnera l'essence du ciel.

Tous les dimanches après-midi, le ciel est bien trop nuageux et tu préfères rester chez toi. Indigestion de pop-corn bleu, j'ai du trop regarder la fenêtre, je ne me souviens pas très bien de toi... Etais-tu chips ou bien comète ?

Lundi matin, je me souviens bien mieux. Ton regard de piscine me fait vomir la marée par le nez, j'ai étendu ma tête pour faire sécher tes niais baisers de chlore. Tu étais donc chips , les bruits de nos baisers, comme le froissement du sac plastique, nos jambes s'entrechoquant jusqu'à l'omelette de genoux. Tes lèvres de sel avaient tellement gercé les miennes que je ne reconnaissais même plus la fente originale de ma propre bouche.

On se serait cru mardi tellement il faisait tard et pluie c'est arrivé, nous étions soupe et marchions de flaque en flaque.

Jusqu'à ce que le matin efface la lune, nous continuâmes déambulant lunes-bulles-flaques-lacs-mentant à l'eau et à l'orage, mouillés et enlacés comme un plat de spaghetti malade.

Mardi gras, je vous imagine eux à la neige scolaire et nous, crêpes dégénérées, capturant les téléskis, pendu à l'envers des télésièges mais tu as préféré prendre les oeufs.
 - Pourtant je t'avais prévenue, jamais je ne pourrai avaler une omelette baveuse !
 - Et pourquoi donc ?
 - Parce que le jaune d'oeuf, ça m'a fait penser à des larmes de poussin cru dégoulinant sur la coquine coquille qui te servait de menton.

Mardi midi, les barreaux des fourchettes s'entrouvrirent gracieusement pour nous laisser déguster à nouveau notre plafond préféré : le ciel en sauce.

J'avais décidé qu'aujourd'hui je croquerai la partie crue du ciel, l'endroit où les oiseaux rassemblés nous donnent l'impression que les nuages ont une barbe naissante. J'ai couru sur le train et j'ai pété tous les ponts que j'ai rencontrés sur mon chemin avec mon crâne ; déguisé en cheminée, j'étais presque une flamme. J'avais enfin chaud, je pouvais me doucher tranquille pour m'éteindre au soleil et bronzer comme une conne, soigneusement suspendu aux ricanements des oiseaux-barbes.

J'avais encore faim quand je suis tombé du train, alors j'ai kidnappé un vieux vélo et j'ai pris la voie ferrée, les rails faisaient bégayer mes roues et déclenchaient une comptine monocorde à travers la petite sonnette en ferraille. Je m'étais mis à chanter sur cette mélodie mécanique les quelques mots qui me traversaient la voie : "à vélo j'ai éventré le vent tranquillement-ventre à l'air-vent de terre-minus que je suis-un crabe aux yeux cramés par la pluie qui coule sur tes joues-au-football tiède de l'été".

Quelques mesures plus tard, j'abandonnais le vélo et moi-même au bord d'une aube presque décongelée. J'étais en plein dessert, et fatigué au point de ne plus savoir si les nuages étaient effectivement des nuages ou bien des pop-corn ou encore des oeufs à la neige.

C'est mercredi et tu es arrivée depuis longtemps -disputes fades et cendres froides- j'ai le sommeil sourd et tu ne comprends rien.

Alors tant mieux, allons fêter ça et pendre nos doigts aux tables de cacahuètes multicolores rythmées par le "beat" d'une nouvelle génération (qui n'est pas forcément la nôtre).

Enfonçons-nous des bulles de coca jusqu'au coccyx, sourions à nos sous-rires encore un peu et nous serons "jeunes".

Finalement, au milieu de cette jungle fluo-récente, tu es vraiment jolie avec ton étoile collée sur la joue et les jeux marrants qui nouent tes noeuds dans les cheveux.

Sûrement tu dois être vitesse et moi précipitation, peut-être qu'on peut confondre, peut-être même qu'il pleuvra ... Qu'il pleuvra des ours et qu'on jouera au foot avec !

Jeudi, nos jeux olympiques culinaires se poursuivent, la tête-télé-rose comme une fraise Tagada morte -détruisant mon pancréas-récréation pour sucre-lent.

Forcément tu es succulente -un vrai sucre d'orge- tu te prends pour une pistache et moi pour Jean Eustache ; d'ailleurs j'égoutte ma caméra dans la mer et tu te mouches dans l'écume décidément tu aimes le sel pour une fraise Tagada.

C'est encore un de tes déguisements sucrés mais je sais très bien que tu es chips et que tu les resteras.

Ce n'est pas vraiment important, les fleurs fanées, les étoiles, les lèvres gercées ...

Je t'aime quand même ! Du coup, on a superposé nos corps autour d'une table dans un café. J'ai trempé le soleil dans mon verre de bière pour écarteler les bulles-virgule- mais ce sont les premières gouttes de pluie qui l'on véritablement fait danser; fabriquant ainsi trois ou quatre raz-de-marée miniatures, réinventant la disposition des bulles.

Et tu ne cesses répéter que je ne t'aime Plus, d'ailleurs la pluie a fait couler ton sourire en larmes de bouche. On dirait que tu saignes, que tu t'es cognée à un nuage ou bien à un orage.

L'étanchéité de ton rouge à lèvres est prise à défaut ; mais c'est moi qui apparais clairement comme ton comestique le moins comestible :
 - Qu'est-ce que je pourrais faire pour te faire plaisir ... ? Là, maintenant ... Tout ce que tu veux, m'importe ... Tout de suite, je le fais ... Enfin, j'essaie de le faire ! lui dis-je dans un élan de bonne volonté.
 - Non, rien ...
 - Si, j'insiste, dis-moi, n'importe quoi.
 - Alors vas-y, fais n'importe quoi.

Je me suis levé très doucement, affichant une apparente désinvolture, puis soudain je me suis mis à claquer férocement les visages de plus de la moitié des clients présents sur la terrasse du café.

Je n'aurais jamais été capable en d'autres circonstances de le faire avec un tel aplomb et autant de détachement. En regagnant ma place auprès d'elle, je l'imaginais déjà en train d'exploser de rire ... Un rictus naissait à la commissure de mes lèvres, trahissant déjà combien j'étais fier de mes pseudo-prouesses.

Mais il n'en fut rien, pas la moindre lueur amusée dans son regard, pas même ce gloussement de petite poule molle qui lui sied si bien.

L'un des clients est venu accidenter le silence à coup de "Vous vous prenez pour qui !" J'ai ressenti ce frisson vert qui sent les orties, et, en une fraction de seconde, j'ai revu le professeur de mathématiques qui m'avait infligé le même type de discours une décennie plus tôt.

Je me sentais inondé de toutes parts, aussi parce que j'avais presque pleuré.

Je ne m'étais jamais senti aussi seul que dans cette foule où je crachais des poumons par dizaines à chacune de mes expirations. Je regardais ce qui restait dans sa bouche décongelée et presque aussi vaste que l'aube que j'avais traversée seul mardi soir.

Elle était émouvante, ne serait-ce qu'en opérant une focale seulement sur sa bouche, elle était forcément émouvante. "Si on voit des nuages dans le ciel c'est Dieu qui se fait des pop-corn, il les fait cuire en plain soleil tous les dimanches après-midi je me souviens très bien de toi, tu vomissais des fleurs fanées".

Il me reste tout de même jusqu'à dimanche prochain pour guérir ton estomac de son épilepsie botanique puis te mettre l'eau de pluie à la bouche.

... Histoire que l'on passe une semaine de plus à déguster ensemble le ciel en sauce.

Menu bas de page